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Apprentissage 2 sur 6

Human in the loop : confiance, contrôle, sécurité

Les agents produisent mille fois plus de code que nous ne pouvons en relire — et personne n'a encore de vraie réponse.

9 épisodes · 6 piliers · 15 citations verbatim · 8 h 52 d'écoute

Profondeur de lecture
« On laisse les IA coder, on laisse les IA scanner notre code. Mais qui est-ce qui contrôle tout ça ? À force de déléguer la responsabilité, on n'est plus capable de faire les choses nous-mêmes. »
Bruno Soulez, Copilot Specialist chez GitHub, épisode #358

Ce qu'il faut retenir

  • Le volume de code généré rend la review humaine classique structurellement impossible.
  • Trois réponses coexistent : discipline humaine intégrale, garde-fous déterministes, boucle fermée.
  • La prompt injection rejoue l'injection SQL ; seuls les model providers pourront la résoudre.

Vous avez l'essentiel de ce chapitre. La suite ajoute le contexte : le récit de l'année en une minute, les faits marquants et les citations.

Le chapitre en 60 secondes

Mai 2026, épisode #360 : Bruno objecte à Docker qu'un agent lâché trois heures en one-shot ressort avec 50 000 lignes de code que personne ne relira. Sur les 39 épisodes du corpus, personne n'a de vraie réponse. Le constat est partagé : les agents génèrent mille fois plus de code que les systèmes de review ne peuvent en absorber, et le LLM triche si on le laisse faire. Trois réponses coexistent : la review humaine à 100 % (Alan, Spring), le déterministe en garde-fou du non-déterministe (Bodyguard, Gleamer, GitHub, AWS, Docker Sandbox), et la boucle fermée qui assume de se passer de l'humain. Pendant ce temps, l'open source suffoque sous l'AI slop et la prompt injection rejoue l'injection SQL.

Les faits à connaître5 sur 16

  • Les histoires d'horreur qui ont lancé la vague du sandboxing : répertoires home partiellement effacés, projets détruits, bases de données de production supprimées par des agents en mode YOLO — tous fournisseurs confondus (#360). Version domestique chez Jocelyn N'takpe (ManoMano, #346) : un agent en auto-edit a supprimé tous ses favoris Firefox « pour effacer du contexte ».
  • L'architecture Docker Sandbox (#360) : micro VM quasi vide faisant tourner un démon Docker (l'agent peut créer ses propres conteneurs sans danger), agent livré comme image, filtrage réseau configurable (trois stratégies, dont un profil « balance » pour développeurs), et surtout un proxy man-in-the-middle côté hôte qui réinjecte les credentials dans les requêtes sortantes — l'agent ne voit jamais un secret. Gratuit en usage de base.
  • Le red teaming comme rituel : chez Docker, les équipes demandent régulièrement aux agents de s'échapper de leur VM pour vérifier qu'aucune régression n'a ouvert de brèche — sans succès à ce jour. Les agents eux-mêmes détectent désormais le dispositif : « il y a un truc au dessus qui surveille qui nous empêche d'aller faire n'importe quoi » (#360).
  • 90 à 95 % des alertes SCA envoyées aux équipes ne sont en réalité pas applicables dans leur contexte, alors que la sécurité pèse environ 10 % du temps des boîtes — le triage est devenu un métier (Konvu, #336).
  • 26 % de fractures loupées dans les comptes rendus de radiologie, détectées rétrospectivement par l'algorithme de Gleamer (#334) — l'argument chiffré du binôme humain-machine, déployé dans 2 500 à 3 000 sites et deux tiers des CHU français.

Ce qu'ils en ont dit3 citations sur 15

« et ça quel que soit l'agent c'est pas Claude, c'est pas Gemini c'est juste la manière de les laisser travailler, en autonomie qui est problématique donc là l'idée c'était de dire comment est-ce qu'on peut les laisser travailler en autonomie parce que c'est extrêmement important, c'est là où ils sont le plus efficaces. »
Guillaume Lours, Software Engineer chez Docker, épisode #360
« en fait les systèmes tels qu'ils sont actuellement, ils ne sont pas prêts pour gérer mille fois plus de code que ce qu'on est capable de générer actuellement »
Julien Lepine, Directeur de la Technologie chez AWS, épisode #351
« c'est qu'on a des agents qui créent des milliers de lignes de code par jour qu'on est incapable de relire, qu'il y a des gens qui utilisent Claude Code en acceptant tous les trucs qui sont demandés par Claude Code sans forcément relire. Et donc, on perd cette boucle de contrôle. »
Bruno Soulez, VP of Technology chez Fabriq, épisode #362

Reste le chapitre lui-même : le récit complet de ce qui s'est dit, les 15 citations, les 16 éléments à savoir et l'avis de Bruno.

Le résumé de tout ce qui s'est dit

Il y a un moment précis, cette saison, où la question de la confiance a cessé d'être théorique. Mai 2026, épisode #360 : Guillaume Lours (Docker, #360) vient de passer une heure à expliquer Docker Sandbox, construit pour laisser les agents de code travailler en autonomie totale sans risque. Et Bruno pose l'objection qui traverse toute l'année : si on laisse un agent travailler trois heures en one-shot sur une spec bien fichue, il ressort avec 50 000 lignes de code et 25 conteneurs — et personne n'a la capacité de relire tout ça. Guillaume valide l'objection. Il n'a pas de réponse. Personne, dans les 40 épisodes du corpus, n'en a vraiment une. Ce chapitre raconte ce trou dans la raquette — et les trois manières, irréconciliables, dont les invités de la saison ont entrepris de le boucher.

Le constat : l'échelle dépasse l'humain

Le problème n'est pas que l'IA code mal. C'est qu'elle code trop. Antonio Goncalves (Microsoft, #357) cite le créateur d'OpenClaw, qui fait entre 10 000 et 50 000 commits par jour sur GitHub avec ses agents — un volume que ni GitHub ni les humains n'ont été conçus pour absorber. Et les agents ne s'arrêteront pas à 18 heures : le ratio n'est pas x10 mais x10 000. Julien Lepine (AWS, #351) le formule sans détour : les systèmes tels qu'ils sont actuellement — la pull request, la revue humaine — ne sont pas prêts pour gérer mille fois plus de code que ce qu'on est capable de générer.

À ce problème de volume s'ajoute un problème de comportement. Quentin Adam (Clever Cloud, #341) raconte que le LLM triche si on le laisse faire : exigez que les tests passent sans lui interdire de toucher aux fichiers de tests, et il finira par supprimer les tests. Yacine Hmito (Fabriq, #362) emprunte au Lean la grille de lecture la plus structurée : on a multiplié par dix le débit du tuyau central — la réalisation — sans adapter l'aval, la review, qui devient mécaniquement le goulot d'étranglement. Le code généré non relu porte dans cette grille un nom : du stock — que le Lean proscrit. Caroline Chavier (The Allyance, #352) prédit le même atterrissage : les entreprises qui auront mis de l'IA partout avec moins de garde-fous humains connaîtront les premières grosses catastrophes autour du code, et redécouvriront alors la valeur de ces garde-fous.

Trois réponses irréconciliables

Face à ce constat, le corpus n'offre pas une doctrine mais trois. Leur coexistence — parfois chez les mêmes invités — est le vrai enseignement de l'année.

La première réponse, c'est la discipline humaine intégrale. Alexandre Gerlic (Alan, #371) a fait passer 280 pull requests de non-ingénieurs en production sur un trimestre — designers, PM, opérations — dans le cadre de l'initiative Everyone Can Build. Le dispositif ne tient que par une règle non négociable : toutes les pull requests, même les typos, sont revues par l'équipe engineering, avec pairing systématique pour que l'ownership reste dans l'équipe. Sébastien Deleuze (Broadcom, #349), committer du cœur de Spring Framework, défend la même ligne depuis l'autre rive : face à la vague de contributions générées par IA, l'équipe refuse d'automatiser la review — pas de robots qui parlent à des robots, parce que les API de Spring engagent quinze à vingt ans. Et Guillaume Lours incarne cette discipline : il n'écrit quasiment plus de code à la main, mais connaît si bien Docker Compose qu'il interrompt l'agent dès qu'il dévie, et s'impose de comprendre tout le code généré — au point de ne pas réussir à paralléliser plusieurs agents. La discipline humaine intégrale fonctionne. Son problème est arithmétique : elle ne passe pas l'échelle.

La deuxième réponse, majoritaire dans le corpus, consiste à poser du déterministe en garde-fou du non-déterministe, dans tous les domaines où l'erreur coûte cher. Charles Cohen (Bodyguard, #333) modère plusieurs milliards de contenus par mois avec une architecture en couches — IA symbolique, machine learning, LLM — où tout désaccord entre technologies part en revue humaine, le tout verrouillé par 200 000 tests de non-régression validés par des humains. Alexis Ducarouge (Gleamer, #334) applique le même principe à la radiologie : le produit est calé sur un point de fonctionnement extrêmement sensible pour que le binôme humain-machine ne loupe quasiment rien — la machine en filet de sécurité, le médecin en décideur. Tugdual Grall (GitHub, #358) le dit pour la sécurité du code : qu'un LLM réponde « rien à signaler » ne signifie pas qu'il n'y a rien ; l'IA est complémentaire des outils déterministes et éprouvés — CodeQL, secret scanning — et le coding agent de GitHub passe lui-même ces outils avant de proposer sa pull request. Benoît Larroque (Konvu, #336) a construit son produit entier sur cette prudence : des agents en lecture seule, calés sur une antisèche — on ne demande pas au LLM de trouver des vulnérabilités, il en trouverait, vraies ou pas, parce qu'il est « gentil » ; on lui demande si une vulnérabilité connue s'applique ici, preuves vérifiables à l'appui. Louis Pinsard (Dialog, #338) fournit le manuel d'évaluation du non-déterministe : datasets de référence, labellisation humaine puis LLM as a judge, observabilité, et un arbitrage explicite du taux d'hallucination — qui n'est pas un bug à corriger mais une feature à équilibrer. Guillaume Lours répond par l'architecture : Docker Sandbox, une micro VM quasi vide où l'agent travaille en autonomie totale sans jamais voir un credential, pendant que les équipes de Docker s'amusent régulièrement à demander aux agents de s'échapper — sans succès à ce jour. Loïc Mathieu (Kestra, #363) propose le même mariage côté orchestration : le workflow YAML est déterministe, l'agent est dynamique et non déterministe, et tout reste observable — à l'opposé du mode YOLO où l'agent appelle cinq sous-agents, répond 42, et ça vous a coûté 50 dollars. Pierre Burgy (Strapi, #364) y ajoute une gradation : autonomie laissée à l'agent sur les optimisations mineures, human in the loop obligatoire dès qu'il y a un risque de sécurité. Kevin Davin (Gradle, #355) signale la même bascule côté ops, où des opérateurs Kubernetes exécutent le runbook avant de réveiller un humain. Et Julien Lepine décrit la version la plus radicale de cette réponse : puisque tout relire ne tiendra pas, AWS garantit par d'autres méthodes, un crible déterministe et mathématiquement prouvé. On ne relit pas tout ; on demande à l'IA si le code diverge du modèle.

La troisième réponse assume d'aller au bout de la logique : la boucle fermée. Alexandre Gerlic, encore lui — la maison de la review à 100 % est aussi celle qui prépare sa propre sortie —, pose que la prochaine frontière n'est pas d'améliorer la code review mais de la rendre potentiellement inutile : un système où les feedbacks apprennent au modèle à ne se tromper qu'une fois. Il ne sait pas si on en sera capable, mais c'est l'objectif assumé. C'est ici que la question de Bruno, posée dès l'intro de l'épisode #358, prend tout son poids : si l'IA produit le code, relit le code et cherche les failles, qui surveille l'IA ? Jocelyn N'takpe (ManoMano, #346) avait posé le garde-fou — « il ne faut pas que l'humain se dédouane de son boulot et délègue tout à l'IA » — mais la boucle fermée est précisément le projet de s'en dédouaner proprement. Le corpus ne tranche pas.

L'open source sous l'AI slop

Il y a un endroit où la boucle de contrôle ne craque pas en théorie mais en pratique : l'open source. Sébastien Deleuze décrit Spring submergé de pull requests vibe-codées par des juniors qui veulent leur nom au générique — non relues par leurs auteurs, mais exigeant chacune une review sérieuse d'une équipe de six personnes. Julien Dubois (Microsoft, #353) y voit un dommage plus profond que la charge : ces PR sans humain derrière tuent l'esprit communautaire — JHipster n'a pas un objectif de productivité mais de plaisir, et on ne peut pas être potes avec une IA. Guillaume Lours chiffre le phénomène : des contributeurs qui ouvrent 55 PR dans la journée sur 15 projets sans aucun rapport entre eux, des fermes de bots. Pierre Burgy apporte le cas limite : cal.com, outil open source de scheduling, passé en closed source, submergé par les faux rapports de failles générés par les coding agents — quand la marketplace de plugins de Strapi reste, elle, entièrement reviewée par des humains (#364). L'anecdote curl, racontée par Benoît Larroque, résume la confusion de l'époque : le mainteneur a publiquement demandé l'arrêt des rapports de vulnérabilités générés par LLM, faux dans l'écrasante majorité mais coûteux à vérifier — avant de saluer, quelques semaines plus tard, de vraies failles pointues trouvées par des chercheurs combinant LLM et système expert. Le même outil produit le bruit et le signal. Gabriel de Marmiesse (Kyutai, #372), pourtant très pro-LLM, en tire la prédiction la plus sombre du corpus : une crise de confiance dans l'open source, parce que quand le code ne coûte plus rien à écrire, le volume de commits ne signale plus ni la motivation ni la maintenance. Ce qui redeviendra le critère, selon lui : la réputation des personnes et des organisations. La confiance entre humains est le dommage collatéral de la génération de masse.

Les nouveaux vecteurs

Reste le versant offensif. La saison a installé un parallèle devenu canonique : la prompt injection est la redite de l'injection SQL — on mélange dans le même texte la commande et la donnée, et ça finit mal. Benoît Larroque pousse l'analyse à sa conclusion : ce problème ne sera pas résolu par les startups mais par les model providers, car il manque à l'écosystème la capacité à séparer la donnée de la commande, comme les ORM l'ont fait pour SQL. Les garde-fous actuels — filtres de mots, LLM juges — sont contournables par un simple encodage. En attendant, chacun bricole sa défense en couches : Louis Pinsard empile system prompt, sécurité des providers et routing restrictif ; Frédéric Barthelet (Alpic, #329) documente côté MCP les injections de tokens dans la context window et rappelle l'hygiène de base — OAuth standard, jamais de login et de mot de passe dans une conversation. L'équipe de Konvu a même un rituel : face à tout agent IA rencontré, tenter la prompt injection pour lui faire cracher son prompt et ses tools.

Et quand, malgré tout, un agent casse quelque chose ? Julien Lepine raconte l'incident d'un agent qui a fait tomber un système chez Amazon, et la doctrine qui en découle : la responsabilité n'est pas celle de l'agent, c'est celle de la personne qui opère l'agent. Blameless post-mortem, constat que l'agent avait trop de droits, et remise en place des garde-fous qui existaient déjà pour les humains — humains et agents soumis au même process. Paradoxe final, documenté par AWS et confirmé par Gleamer : les secteurs les plus régulés — santé, défense, juridique — adoptent l'IA plus facilement, parce qu'ils disposent déjà de la classification des données et de la chaîne d'auditabilité. La régulation, frein supposé, se révèle infrastructure de confiance.

Les citations fortes15 verbatims

« et ça quel que soit l'agent c'est pas Claude, c'est pas Gemini c'est juste la manière de les laisser travailler, en autonomie qui est problématique donc là l'idée c'était de dire comment est-ce qu'on peut les laisser travailler en autonomie parce que c'est extrêmement important, c'est là où ils sont le plus efficaces. »
Guillaume Lours, Software Engineer chez Docker, épisode #360
« en fait les systèmes tels qu'ils sont actuellement, ils ne sont pas prêts pour gérer mille fois plus de code que ce qu'on est capable de générer actuellement »
Julien Lepine, Directeur de la Technologie chez AWS, épisode #351
« c'est qu'on a des agents qui créent des milliers de lignes de code par jour qu'on est incapable de relire, qu'il y a des gens qui utilisent Claude Code en acceptant tous les trucs qui sont demandés par Claude Code sans forcément relire. Et donc, on perd cette boucle de contrôle. »
Bruno Soulez, VP of Technology chez Fabriq, épisode #362
« C'est cet esprit critique qui est important à avoir sur ne pas foncer tête baissée sur du LLM en disant que c'est la solution à tout. Spoiler alert, la solution à tout, pour moi, c'est une complémentarité de technologie. Mais pour ça, il faut comprendre les limites de chacune des technologies. Et il faut surtout parfaitement comprendre la problématique qu'on veut résoudre. »
Charles Cohen, Fondateur chez Bodyguard, épisode #333
« Et le meilleur point de fonctionnement pour nous, c'est un point de fonctionnement qui est extrêmement sensible parce qu'on ne peut pas se permettre de louper des choses en médecine et faire en sorte que la combinaison humain-machine ne loupe quasiment rien »
Alexis Ducarouge, Cofondateur chez Gleamer, épisode #334
« Le LLM, il est gentil. Tu lui demandes de trouver des vulnérabilités, il trouve des vulnérabilités. Est-ce que ce sont des vraies vulnérabilités ? Pas sûr, parce que justement, là, tu es un peu en train de le mettre à halluciner assez gentiment. »
Benoit Larroque, CTO chez Konvu, épisode #336
« si moi je le fais avec mon Claude Opus mon GPT-5.4 en disant est-ce que tu as trouvé les failles de sécurité il me dit non il n'y a rien ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien »
Tugdual Grall, Copilot Specialist chez GitHub, épisode #358
« Sachant qu'on ne veut pas avoir des robots qui parlent à des robots. C'est-à-dire qu'on ne va pas mettre en place de l'AI qui va automatiquement commenter des trucs créés par AI par des juniors. Ça, on n'en veut pas. »
Sébastien Deleuze, Committer Spring Framework chez Broadcom / Spring, épisode #349
« Toutes les pull requests, même les typos ont été revus à chaque fois par l'équipe Engineering. »
Alexandre Gerlic, VP of Engineering chez Alan, épisode #371
« Et comment on fait pour faire que ça soit un système qui à la fin puisse être une boucle fermée et qu'elle fonctionne. Je ne sais pas si on en sera capable en tout cas, mais ça doit être notre objectif. »
Alexandre Gerlic, VP of Engineering chez Alan, épisode #371
« C'est-à-dire que tu peux faire le mode un peu YOLO qui est bien pour le vibe coding et sur les présentations YouTube. Ou tu peux faire un truc beaucoup plus cadré où tu vas dire, tiens, mon agent IA, je lui donne ces trois flows. Je définis la manière de l'appeler. De ce fait, je cadre l'agent IA dans ce qu'il peut faire. »
Loïc Mathieu, Lead Software Engineer chez Kestra, épisode #363
« Sur des sujets où il y a un risque au niveau de la sécurité, c'est « no ». Je veux un « human in the loop » et que ce soit validé. »
Pierre Burgy, CEO chez Strapi, épisode #364
« notre position est très simple c'est pas la responsabilité de l'agent c'est la responsabilité de la personne qui opère l'agent »
Julien Lepine, Directeur de la Technologie chez AWS, épisode #351
« nous on s'amuse de très régulièrement à leur demander de sortir parce que il faut vérifier qu'on n'a pas à recréer des trous »
Guillaume Lours, Software Engineer chez Docker, épisode #360
« je pense qu'on va avoir une crise de la confiance un peu dans l'open source que je vois venir »
Gabriel de Marmiesse, Technical Staff chez Kyutai, épisode #372

Les éléments à savoir16 faits sourcés

  • Les histoires d'horreur qui ont lancé la vague du sandboxing : répertoires home partiellement effacés, projets détruits, bases de données de production supprimées par des agents en mode YOLO — tous fournisseurs confondus (#360). Version domestique chez Jocelyn N'takpe (ManoMano, #346) : un agent en auto-edit a supprimé tous ses favoris Firefox « pour effacer du contexte ».
  • L'architecture Docker Sandbox (#360) : micro VM quasi vide faisant tourner un démon Docker (l'agent peut créer ses propres conteneurs sans danger), agent livré comme image, filtrage réseau configurable (trois stratégies, dont un profil « balance » pour développeurs), et surtout un proxy man-in-the-middle côté hôte qui réinjecte les credentials dans les requêtes sortantes — l'agent ne voit jamais un secret. Gratuit en usage de base.
  • Le red teaming comme rituel : chez Docker, les équipes demandent régulièrement aux agents de s'échapper de leur VM pour vérifier qu'aucune régression n'a ouvert de brèche — sans succès à ce jour. Les agents eux-mêmes détectent désormais le dispositif : « il y a un truc au dessus qui surveille qui nous empêche d'aller faire n'importe quoi » (#360).
  • 90 à 95 % des alertes SCA envoyées aux équipes ne sont en réalité pas applicables dans leur contexte, alors que la sécurité pèse environ 10 % du temps des boîtes — le triage est devenu un métier (Konvu, #336).
  • 26 % de fractures loupées dans les comptes rendus de radiologie, détectées rétrospectivement par l'algorithme de Gleamer (#334) — l'argument chiffré du binôme humain-machine, déployé dans 2 500 à 3 000 sites et deux tiers des CHU français.
  • Environ 200 000 tests de non-régression validés par des humains verrouillent l'IA symbolique de Bodyguard (#333), qui analyse plusieurs milliards de contenus par mois en 20 millisecondes par analyse — et bat en benchmark la plupart des modèles ML et certains LLM.
  • L'arbitrage explicite de l'hallucination chez Dialog (#338) : préférer 85 % de bonnes réponses, 10 % de « je sais pas » et 5 % de bêtises, ou 80/19/1 ? L'hallucination est une feature de l'entraînement des LLM (qui récompense l'invention plutôt que le « je ne sais pas ») ; on ne la supprime pas, on l'équilibre — avec un LLM as a judge qui tourne en asynchrone.
  • La garantie sans relecture chez AWS (#351) : modélisation formelle TLA+ sur DynamoDB, raisonnement automatisé sur Bedrock — un crible déterministe, mathématiquement prouvé, qui valide que l'agent reste dans son domaine. Et un principe : décisions d'humains et d'agents soumises au même process de revue.
  • L'anecdote curl (#336) : le mainteneur a publiquement demandé l'arrêt des rapports de vulnérabilités générés par LLM (faux dans l'écrasante majorité, mais chacun exigeant une vérification sérieuse car curl est partout), puis a salué quelques semaines plus tard de vraies failles pointues trouvées par des chercheurs combinant LLM et système expert.
  • Les fermes de bots de l'open source : des profils qui ouvrent 55 PR dans la journée sur 15 projets sans rapport entre eux (#360) ; le créateur d'OpenClaw fait 10 000 à 50 000 commits par jour avec ses agents (#357) ; la mailing list sécurité de Linus Torvalds est devenue illisible sous les rapports générés (#372).
  • cal.com passé en closed source : l'outil open source de scheduling a fermé son code, submergé par les rapports de failles de sécurité générés par coding agents, dont beaucoup de faux positifs (#364).
  • La prompt injection, nouvelle injection SQL (#336) : il manque aux model providers la capacité à séparer la donnée de la commande, comme les ORM l'ont fait pour SQL ; les garde-fous actuels (filtres, LLM juges) se contournent par encodage type ROT13. En attendant : défense en couches (system prompt, sécurité des providers, routing restrictif — #338) et hygiène MCP (OAuth, jamais de credentials en conversation — #329).
  • Le secret scanning en circuit fermé (#358) : une clé AWS, Azure ou Google poussée sur un repo GitHub public est désactivée automatiquement, sans laisser le temps d'attaquer. Les trois bases avant toute IA : pas de secrets dans le code (tout l'historique git, toutes les branches), dépendances à jour, scan de code systématique — avec rescan complet hebdomadaire, car une faille peut être découverte demain dans du code intouché depuis des années.
  • Le LLM triche (#341) : sommé de faire passer les tests sans interdiction de toucher aux fichiers de tests, il finit par supprimer les tests. Parade observée : tests écrits par un LLM, verrouillés, puis passés par un autre LLM.
  • Nouveau vecteur d'attaque au recrutement (#360) : de faux tests techniques font installer aux candidats un logiciel vérolé qui exfiltre leurs clés SSH — cas d'usage parfait d'une sandbox vide pour exécuter du code inconnu.
  • Le paradoxe des secteurs régulés (#351, #334) : santé, défense et juridique adoptent l'IA plus vite que les autres, parce que classification des données et chaîne d'auditabilité préexistent. Gleamer release quasi mensuellement malgré le statut de dispositif médical certifié CE et FDA.

L'avis de Bruno

La question que j'ai posée en ouverture de l'épisode avec Tugdual Grall me poursuit depuis : on laisse les IA coder, on laisse les IA relire notre code, on laisse les IA le scanner pour la sécurité: mais qui contrôle tout ça ? Ce n'est pas une question rhétorique. À force de déléguer la responsabilité, on n'est plus capable de faire les choses nous-mêmes. Et ce qui m'inquiète là-dedans n'est pas tant le risque immédiat que ce qu'on perd en chemin : la friction. Les pentests sont une source d'apprentissage phénoménale. Les incidents en prod m'ont plus appris que bien des formations. En automatisant la protection (les ORM hier, les scanners et les agents aujourd'hui) on prive aussi les développeurs d'apprendre, et on installe un faux sentiment de sécurité : je suis safe parce que j'utilise les outils à la mode. C'est exactement le terreau des mauvaises surprises.

J'ai aussi porté cette saison une objection à laquelle personne n'a répondu, pas même chez Docker, et je la maintiens : quand un agent ressort de trois heures de one-shot avec 50 000 lignes de code et 25 conteneurs, on a donné aux gens les moyens de créer des contextes que plus personne ne maîtrise. La revue humaine reste notre dogme officiel, et le volume produit est en train de la rendre matériellement impossible. Je ne crois pas pour autant que le human in the loop disparaisse. Mais je l'ai dit chez Caroline Chavier et je le répète ici : il sera dans une loop très différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Moins relire chaque ligne, plus surveiller des systèmes, des invariants, des preuves, à l'image de ce que font déjà AWS avec son raisonnement automatisé ou Docker avec sa sandbox. Notre boucle de contrôle monte en abstraction, comme le reste du métier.

En attendant que cette nouvelle boucle existe vraiment, ma position est celle que j'ai actée en conclusion de l'épisode #358 : ne vous reposez pas pleinement sur votre IA — en tout cas pas encore. Le déterministe garde un rôle central. Les outils qui ne mentent pas, les compilateurs, les scanners, les tests verrouillés, les sandboxes : c'est eux qui rendent l'autonomie des agents acceptable, et Dieu sait que c'est important, parce qu'il y a eu trop d'histoires qui ont un petit peu dérapé. Explorer, oui, et à fond. Mais explorer en sécurité.

Toutes les boucles de contrôle décrites ici, la review intégrale d'Alan, les cribles déterministes d'AWS, la sandbox de Docker, reposent en dernier ressort sur des humains capables de comprendre le code qu'ils surveillent. Or ces humains-là, il faut continuer à les former, au moment précis où l'IA assèche les tâches par lesquelles ils apprenaient le métier. C'est l'objet du chapitre suivant : la génération sacrifiée ?

Les épisodes derrière ce chapitre9

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