Apprentissage 1 sur 6
Du copilote à l'agent : la valeur du dev se déplace
En un an, l'IA est passée du régulateur de vitesse au taxi autonome — et le dev a changé de siège.
13 épisodes · 10 piliers · 14 citations verbatim · 13 h 23 d'écoute
« Une analogie que j'aime bien c'est de dire qu'avant avec Cursor ou avec Copilot c'était un peu quand je prends ma voiture et j'ai, le régulateur de vitesse adaptatif et Claude Code c'est un peu le taxi autonome je lui dis à l'endroit où je veux aller et il m'y amène. »
Ce qu'il faut retenir
- Fin 2025, Claude Code fait basculer le métier : les sceptiques deviennent les premiers adopteurs.
- La valeur du dev remonte d'un étage : comprendre, exprimer, orchestrer — plus taper.
- Une économie d'agents émerge : MCP, context engineering, coûts — et des gains captés par les individus.
Vous avez l'essentiel de ce chapitre. La suite ajoute le contexte : le récit de l'année en une minute, les faits marquants et les citations.
Le chapitre en 60 secondes
Fin 2025, l'arrivée de Claude Code et des agents fait basculer le développement : plusieurs invités datent le turning point au même moment, sceptiques compris. La valeur du dev se déplace — comprendre, exprimer, orchestrer — pendant que designers et PM mergent en production et que le Forward Deployed Engineer devient un standard. Autour des agents, une économie se structure : MCP comme troisième interface, performance pour clients-machines, context engineering, CFO qui découvrent la facture. Les chiffres divergent — de 7 % de productivité à Bedrock réécrit par six seniors en 72 jours. Reste le contrepoint d'Adnan Aita : les LLM ne sont qu'une couche d'abstraction de plus, et le métier — comprendre un problème, le résoudre — n'a pas bougé.
Les faits à connaître5 sur 15
- La chronologie de la bascule : GitHub Copilot sort en juin 2021 ; chez ManoMano il est déployé dès 2023 et finit par écrire 20 à 30 % du code (autocomplétion) ; les IDE agentiques (Cursor, Windsurf, JetBrains AI) s'installent en 2024-2025 ; l'explosion vient fin 2025 avec Claude Code et Opus 4.5/4.6. Plusieurs spécialistes IA du corpus n'ont vraiment adopté l'IA pour coder que début 2026.
- MCP : protocole créé par Anthropic fin novembre 2024, explosion à partir de janvier-février 2025, trois releases majeures en huit mois (dont l'elicitation en juin 2025), gouvernance en cours de transfert vers un comité neutre — condition de son adoption par OpenAI et Google. Les alternatives (A2A de Google, ACP de Cisco) n'ont pas pris.
- Kent Beck, rapporté par Julien Lepine (#351) : 99 % de la valeur du développeur devenue inutile, le 1 % restant multiplié par 1000.
- La réécriture de Bedrock (#351) : la plateforme LLM d'AWS redéveloppée par 6 seniors en 72 jours au lieu de l'estimation classique de 30 développeurs sur 18 mois ; intégralité du code générée par l'IA, majorité relue par des humains.
- Le contrepoint chiffré (#332) : écrire du code ne représente qu'environ 15 % du travail d'un dev ; le doubler ne donne que 7 % de productivité. À mettre en regard du « x10 » rapporté par Bruno (#341, formule d'un CTO).
Ce qu'ils en ont dit3 citations sur 14
« Et je pense qu'on l'a tous vécu, le turning point, c'est l'arrivée de Claude Code. Et je pense que pour l'instant, Anthropic avec Claude Code domine bien le sujet. »
« Les sceptiques de Copilot sont les premiers à pusher pour qu'on adopte Claude Code au plus vite. »
« Nous, ce qu'on voit dans notre labo, c'est qu'à partir du moment où on a donné Claude Code aux chercheurs, il n'y en a plus beaucoup qui regardaient le code. On va être sincère. Il y en avait, ils n'ouvraient plus leurs IDE. »
Reste le chapitre lui-même : le récit complet de ce qui s'est dit, les 14 citations, les 15 éléments à savoir et l'avis de Bruno.
Le résumé de tout ce qui s'est dit
C'est le chapitre le plus chargé de ce bilan : sur les 40 épisodes du corpus, plus d'une vingtaine y touchent. En un an, l'IA de code est passée du statut d'assistant qui complète nos lignes à celui d'agent qui exécute nos intentions — et la question posée aux invités a changé en cours de route. À l'automne 2025, on demandait encore « est-ce que ça marche vraiment ? ». Au printemps 2026, on demandait « qu'est-ce qui reste au dev ? ». Trois fils traversent l'année : la bascule, datable presque au jour près ; le déplacement de la valeur du métier ; et l'émergence d'une économie entière construite autour des agents.
La bascule : une année avec un avant et un après
Fait frappant : la bascule a été datée par plusieurs invités, indépendamment, au même endroit du calendrier. Jocelyn N'takpe (ManoMano, #346) raconte la trajectoire de l'intérieur : Copilot dès 2023, une autocomplétion survitaminée qui finit par écrire 20 à 30 % du code mais « pas de révolution » ; puis les IDE agentiques en 2024-2025 ; puis Claude Code, qui change la nature du métier — l'analogie du taxi autonome qui ouvre ce chapitre. Quentin Adam (Clever Cloud, #341), qui n'y croyait pas un an plus tôt, parle du « turning point » de l'année. Alexandre Gerlic (Alan, #371) en apporte la preuve sociologique : à mi-2025, plus de 80 % de ses ingénieurs utilisaient Copilot ou Cursor mais boudaient le mode agentique, et pendant cette période « les sceptiques ont eu raison » ; à la sortie d'Opus 4.5/4.6 et de Claude Code fin 2025, les mêmes sceptiques ont poussé l'adoption et les métriques de pull requests ont décollé. Gabriel de Marmiesse (Kyutai, #372) décrit l'effet dans un labo de recherche : depuis que les chercheurs ont Claude Code, beaucoup n'ouvrent plus leur IDE — les agents « creusent » des dizaines de variations d'architecture pendant qu'ils dorment. Et Léa Buendé (Adobe, #373), AI engineer de métier, ne code avec l'IA que depuis début 2026 : le phénomène est plus récent qu'il n'y paraît, même chez les spécialistes.
La bascule a aussi changé les gestes. Julien Dubois (Microsoft/GitHub, #353) lance des agents depuis l'appli GitHub de son téléphone, à la voix, depuis son lit ou les transports — l'agent travaille, renvoie une copie d'écran, il valide. Sébastien Deleuze (Broadcom/Spring, #349) fait tourner jusqu'à trois agents en parallèle tout en codant un sujet à la main ; Guillaume Lours (Docker, #360) n'écrit quasiment plus de code à la main, mais connaît si bien Docker Compose qu'il interrompt l'agent dès qu'il dévie. Même la conversion des réfractaires a été brutale : Adnan Aita (Sharelock, #339), longtemps convaincu que « ça génère que de la merde », est passé en un mois ou deux à ne plus savoir s'en passer.
Le déplacement de la valeur : comprendre, exprimer, orchestrer
Une fois la bascule actée, une même question : si l'agent tape le code, où va la valeur du dev ? La formule la plus radicale vient de Kent Beck, rapportée par Julien Lepine (AWS, #351) : avec la GenAI, 99 % de la valeur du développeur — écrire du code — est devenue inutile, mais le 1 % restant a été multiplié par 1000. Ce 1 %, chacun le nomme à sa façon. Pour Julien Dubois, c'est un « travail de littéraire » : comprendre un besoin et savoir l'exprimer sont deux compétences distinctes, toutes deux indispensables. Antonio Goncalves (Microsoft, #357) le dit avec son analogie d'écrivain : sur son dernier livre, sa plus-value n'était plus de rédiger les phrases mais d'imaginer la table des matières et le déroulé pédagogique — le dev reste développeur, il n'est plus codeur. Yacine Hmito (Fabriq, #362) pousse la transposition industrielle plus loin : la valeur de demain sera de concevoir le système de production du code — contexte, skills, boucles de rétroaction — plutôt que la pièce elle-même. Léa Buendé incarne l'aboutissement du mouvement avec le Forward Deployed Engineer, ce rôle de pont entre acheter de l'IA et en tirer de la valeur. Le signal industriel est tombé en mai 2026 : OpenAI et Anthropic ont annoncé le même jour la création de leurs propres structures de services — 1,5 et 10 milliards de dollars. Les fournisseurs de modèles redéfinissent le conseil.
Le cercle des contributeurs s'élargit dans le même mouvement. Pierre Lemaire (Hexa, #347), non-dev assumé, témoigne que chez Hexa plus un seul CTO ne se passe du vibe coding : 80 % du temps à planifier, quatre ou cinq agents en parallèle, puis l'audit. Chez Alan, l'initiative Everyone Can Build a fait merger en production 280 pull requests de designers, PM et équipes opérations en un trimestre — contre zéro un an plus tôt — avec ce paradoxe : un non-dev a shippé en prod en 24 heures, plus vite qu'un junior. Pierre Burgy (Strapi, #364) pousse la logique jusqu'au produit avec Fimo, lancé en janvier 2026 : un « Website Operating System » où le dev construit en local le harnais — skills, agents SEO et contenu, garde-fous — que les non-techniciens pilotent ensuite par chat, le harness engineering transmis aux non-devs.
Le déplacement ne s'est pas fait sans frictions : deux désaccords structurent le chapitre. Le premier oppose Bruno à Julien Dubois sur la dérive du code généré : au début c'est propre, c'est carré, puis à mesure qu'on empile les commits d'agents « petit à petit ça dérive ». Julien Dubois conteste net (« On va pas être d'accord ») : ces outils sont au contraire très forts pour s'adapter au projet, et ils progressent si vite qu'il faut dater toute affirmation. L'objection resurgit pourtant deux mois plus tard face à Guillaume Lours : laissez un agent trois heures en one-shot, vous ressortez avec 50 000 lignes de code et 25 conteneurs que personne n'a la capacité de relire — objection que Guillaume valide sans avoir de réponse. Le second désaccord porte sur le statut même de l'agent. Chez AWS, humains et agents sont soumis aux mêmes process de review, et Bruno y voit un management « orienté RH ». Yacine Hmito prend le contre-pied : les agents ne sont ni des collègues ni des subordonnés, ce sont des machines-outils, et les humaniser est un jeu dangereux. Le corpus ne tranche pas ; il documente deux cultures d'ingénierie en train de se former.
L'économie des agents : quand le client est une machine
Troisième fil, plus discret mais peut-être plus structurant : autour des agents, une économie entière se met en place. Frédéric Barthelet (Alpic, #329) pose le cadre : après le site web pour les humains et l'API pour les développeurs, le serveur MCP est la troisième interface d'une entreprise, le front conçu pour être consommé par des agents. Les mécaniques du web se rejouent déjà : registries, app stores, normalisation par les gros acteurs, et demain des régies publicitaires pour s'insérer dans les conversations. Antonio Goncalves prolonge : l'internet de demain ne sera pas pour les êtres humains mais pour les agents, avec une couche sémantique où l'on n'expose plus des API mais du sens. Pierre Burgy en tire les conséquences pour Strapi : le nouveau persona n'est plus le développeur mais le coding agent — skills embarquées dans le projet, MCP, TypeScript pour que les agents s'y retrouvent — et être « AI recommended », que le LLM sorte Strapi quand on lui demande un CMS comme il sort Tailwind ou shadcn côté front, devient un canal d'acquisition à part entière, pendant que le GEO, Generative Engine Optimization, s'installe en remplacement du SEO. Le créateur d'OpenClaw fait 10 000 à 50 000 commits par jour avec ses agents, et rien — ni GitHub, ni la review, ni les meetings — n'a été conçu pour absorber ça. Adrien Cacciaguerra (CodSpeed, #337) en tire une conséquence inattendue : quand le client est un agent, la performance redevient un facteur différenciant — un humain tolère 400 millisecondes, un agent est limité par la vitesse à laquelle on lui sert l'information. Guillaume Laforge (Google, #361) documente la compétence qui monte : le context engineering — donner la bonne information au bon moment — qui rend le choix du LLM moins prédominant.
Puis le coût est entré dans la pièce. Antonio Goncalves voit les CFO débarquer dans les projets IA — « ça coûte une métablinde, soit on arrête tout, soit on divise par deux » — la réponse technique s'appelle model router, qui évalue la complexité du prompt et route vers le bon modèle : coûts divisés par deux chez ses clients, à prompt identique. Chez ManoMano, les plans enterprise Claude coûtent environ 150 dollars par mois et par dev pour l'équivalent de 750 à 800 dollars de crédits API — et Jocelyn N'takpe décrit des devs « drogués au crédit IA » qui en redemandent à leur manager. Quentin Adam a tranché : une catégorie « outils IA » en notes de frais, abonnements annuels interdits, parce que « les plans entreprises sont pourris par rapport aux plans individuels ». Reste une anomalie relevée des deux côtés du corpus : la majorité des gains de productivité est aujourd'hui captée par les individus, pas par les entreprises qui paient les licences (#358, #373).
Le grand écart des chiffres — et le contrepoint Aita
Combien gagne-t-on réellement ? Le corpus a l'honnêteté de fournir trois réponses incompatibles. Quentin de Metz (Pennylane, #332) fait le calcul froid : écrire du code ne représente qu'environ 15 % du travail d'un dev, le doubler ne donne que 7 % de productivité — pas mal, pas incroyable. À l'autre extrême, Julien Lepine raconte la réécriture complète d'Amazon Bedrock par six seniors en 72 jours, là où l'estimation classique était 30 développeurs pendant 18 mois — pas du vibe coding, du code de prod critique. Entre les deux, la formule d'un CTO rapportée par Bruno dans #341 : coder sans IA, c'est le niveau zéro du dev, et avec un LLM on fait grosso modo une multiplication par dix. Trois ordres de grandeur, trois contextes, et probablement une seule vérité : le gain dépend moins de l'outil que de ce qu'on mesure — la frappe, la tâche, ou le projet.
Le contrepoint le plus solide du chapitre vient d'Adnan Aita, qui refuse le récit de la rupture. Toute l'histoire de l'informatique est un empilement de couches d'abstraction qui abaissent la barrière à l'entrée — cartes perforées, assembleur, C, machines virtuelles, langages interprétés — et à chaque étape les anciens ont accusé les nouveaux de ne pas être de vrais informaticiens. Les LLM ne seraient que la couche suivante, moins déterministe certes, mais dans la continuité directe. Et surtout : le métier n'a jamais été d'écrire du langage machine ; c'est comprendre une problématique et y apporter une solution — ce qui perd de la valeur, l'écriture du code, n'était pas le métier. Contrepoint nuancé : Aita reconnaît que la vitesse du choc est inédite, son propre shift a été « brutal en l'espace d'un mois ou deux ». Mais sa thèse rejoint ce que le chapitre raconte autrement : la valeur ne disparaît pas, elle remonte là où elle a toujours été.
Les citations fortes14 verbatims
« Et je pense qu'on l'a tous vécu, le turning point, c'est l'arrivée de Claude Code. Et je pense que pour l'instant, Anthropic avec Claude Code domine bien le sujet. »
« Les sceptiques de Copilot sont les premiers à pusher pour qu'on adopte Claude Code au plus vite. »
« Nous, ce qu'on voit dans notre labo, c'est qu'à partir du moment où on a donné Claude Code aux chercheurs, il n'y en a plus beaucoup qui regardaient le code. On va être sincère. Il y en avait, ils n'ouvraient plus leurs IDE. »
« Avant, je ne pouvais pas faire ça. Je ne pouvais pas être dans mon lit avec le téléphone et dire, vas-y, fais-moi ça. Et fais-moi une copie d'écran pour me montrer. C'est un truc complètement fou. »
« Il a dit 99% de ma valeur est devenue inutile par contre le pourcent restant a fait je crois x 1000 » (à propos de Kent Beck) — Julien Lepine, #351 « Et peut-être que notre plus-value aujourd'hui, c'est d'être des devs. Et des devs, c'est pas que taper du code, puisqu'on a quelqu'un, on a un nouvel outil qui va taper du code. »
« C'est-à-dire que l'Internet de demain ne sera pas un Internet pour des êtres humains, ce sera un Internet pour des agents. »
« MCP côté serveur, c'est le front spécifique fait pour être consommé par une application agentique, de la même façon que ton front web ou mobile est fait pour être consommé par des humains. »
« en fait notre nouveau persona n'est même plus le développeur, mais le coding agent »
« Il y a une part d'acheter et d'investir dans de l'IA, et il y a l'autre part qui est créer de la valeur avec de l'IA. Nous, on est là pour faire le pont. »
« Et donc, écrire du code deux fois plus vite, si écrire du code, c'est que 15% de la quantité de travail, on gagne 7% de productivité. Ce n'est pas mal, mais ce n'est pas non plus incroyable. »
« Et aujourd'hui avec l'IA on se pose même la question est-ce que l'IA ne serait pas les LLM ne seraient pas juste une couche d'abstraction supplémentaire ? Moins déterministe, ce qui peut causer un peu plus de problèmes, mais ce qui ne serait pas une façon supplémentaire de simplifier encore cet empilement technique. »
« je pense pas qu'on verrait d'un bon oeil typiquement dans l'industrie que les bras robots qui font nos voitures qu'on considère qu'ils doivent prendre une pause on leur file un café et puis on les humanise on leur donne des petites moustaches, non ce sont des outils et il faut continuer de les considérer comme tels »
« C'est qu'au bout d'un moment, ça commence à tout sauter. C'est-à-dire qu'au début, ça se passe très bien. C'est propre, c'est carré. et puis à mesure que tu que t'empiles les reviews les commits de cloud, petit à petit ça dérive. »
« Ce qui pose la question, est-ce qu'on peut encore dire que tu codes ? Ou est-ce qu'on devient un créateur d'applications ? »
Les éléments à savoir15 faits sourcés
- La chronologie de la bascule : GitHub Copilot sort en juin 2021 ; chez ManoMano il est déployé dès 2023 et finit par écrire 20 à 30 % du code (autocomplétion) ; les IDE agentiques (Cursor, Windsurf, JetBrains AI) s'installent en 2024-2025 ; l'explosion vient fin 2025 avec Claude Code et Opus 4.5/4.6. Plusieurs spécialistes IA du corpus n'ont vraiment adopté l'IA pour coder que début 2026.
- MCP : protocole créé par Anthropic fin novembre 2024, explosion à partir de janvier-février 2025, trois releases majeures en huit mois (dont l'elicitation en juin 2025), gouvernance en cours de transfert vers un comité neutre — condition de son adoption par OpenAI et Google. Les alternatives (A2A de Google, ACP de Cisco) n'ont pas pris.
- Kent Beck, rapporté par Julien Lepine (#351) : 99 % de la valeur du développeur devenue inutile, le 1 % restant multiplié par 1000.
- La réécriture de Bedrock (#351) : la plateforme LLM d'AWS redéveloppée par 6 seniors en 72 jours au lieu de l'estimation classique de 30 développeurs sur 18 mois ; intégralité du code générée par l'IA, majorité relue par des humains.
- Le contrepoint chiffré (#332) : écrire du code ne représente qu'environ 15 % du travail d'un dev ; le doubler ne donne que 7 % de productivité. À mettre en regard du « x10 » rapporté par Bruno (#341, formule d'un CTO).
- Étude de Berkeley citée dans #346 : 94 % des erreurs d'agents seraient évitables avec une phase de compilation — l'argument massue pour les langages typés.
- Les coûts : plans enterprise Claude à environ 150 $/mois/dev pour l'équivalent de 750-800 $ de crédits API (#346) ; model router de Microsoft qui divise les coûts par deux à prompt identique, face aux 11 000 modèles de Microsoft Foundry (#357) ; chez Clever Cloud, abonnements annuels interdits — les plans entreprise jugés moins bons que les plans individuels (#341).
- Jensen Huang (cité dans #341 et #357) : le budget token comme avantage salarié au même titre que la mutuelle ; les développeurs de l'avenir comme « RH de modèles d'IA ».
- L'échelle qui vient : le créateur d'OpenClaw fait 10 000 à 50 000 commits par jour sur GitHub avec ses agents (#357) ; une équipe GitHub de 10 développeurs produit 500 pull requests par semaine avec la Copilot CLI (#358).
- Everyone Can Build chez Alan (#371) : 280 pull requests de non-ingénieurs (design, PM, opérations) mergées en prod en un trimestre, contre zéro un an plus tôt ; premier commit en prod d'un non-dev 24 heures après le début des tests ; review humaine sur 100 % des PR, typos comprises.
- Mai 2026, le signal industriel : OpenAI (≈1,5 Md$) et Anthropic (≈10 Md$) annoncent le même jour leurs structures de services/déploiement (#373). Le Forward Deployed Engineer, déjà présent chez Palantir, OpenAI, Anthropic, Mistral et Adobe, devient un standard du marché.
- Le terme « vibe coding » a été popularisé par Andrej Karpathy sur X. Sa pratique experte n'a rien d'improvisé : plans markdown, specs itérées, skills par repo — le « mode plan » de Claude Code n'est que l'industrialisation de ces bricolages d'utilisateurs (#347).
- Fimo : lancé en janvier 2026 par une équipe de 5, d'abord AI website builder pour non-techniques, puis pivoté en « Website Operating System » (#364).
- Du SEO au GEO : le trafic web bascule du SEO au GEO (Generative Engine Optimization) ; les impressions et mentions dans les LLM deviennent un canal marketing à part entière (#364).
- L'anomalie économique de l'année : la majorité des gains de productivité IA est captée par les individus (usage personnel, parfois hors règles de sécurité), pas par les entreprises qui paient les licences (#358, #373).
L'avis de Bruno
Ce que cette année m'a rendu, personnellement, c'est le plaisir de coder. Pendant trente ans, j'ai vécu avec la même frustration : quand on me décrit un besoin, j'ai l'architecture complète en tête en quelques jours, et il fallait ensuite six mois pour taper toutes les lignes. Ce goulot a sauté. Ce qui reste, c'est exactement ce que j'ai toujours préféré dans ce métier : penser le système, choisir, arbitrer, expliciter l'idée plutôt que d'enquiller les 10 000 lignes fastidieuses.
Sur le fond, je crois qu'on vit une montée d'un cran dans l'abstraction, comme l'informatique en a déjà connu plusieurs. Je le dis souvent : un jour, on considérera les LLM comme on considère aujourd'hui les compilateurs (personne ne relit le binaire généré pour vérifier que la compilation s'est bien passée). Le fondateur de Webflow m'avait dit que Webflow est plus proche du JavaScript que le JavaScript n'est proche du CPU ; c'est exactement ce qui se rejoue, une couche au-dessus. Et c'est pour ça que je ne dis plus « codeur » mais « créateur d'applications » : si l'histoire se répète (et elle se répète toujours) cette baisse du coût de création va faire exploser la demande de choses à créer.
Ma position sur l'adoption est assumée : il faut s'embarquer. Le delta entre ne pas avoir d'outil et en avoir un est beaucoup plus important que le delta entre en avoir un et avoir le meilleur, ne pas attendre l'outil parfait. Un CTO m'a donné une grille que je trouve juste : coder sans IA aujourd'hui, c'est le niveau zéro du dev. Qui n'embarque pas devient has-been extrêmement vite, senior ou junior.
Mais je garde deux vigilances. La première, j'en ai débattu frontalement avec Julien Dubois et je la maintiens : sur la durée, à mesure qu'on empile les commits d'agents, le code dérive, propre et carré au début, puis ça commence à sauter. Travailler avec une IA qui ne dort pas, ne prend aucune pause et ne me demande jamais ce que j'ai fait ce week-end m'oblige à rester hyper alerte ; le jour où on relâche cette attention, on ne maîtrise plus ce qu'on livre. La seconde est plus intime : notre métier n'a jamais été le métier solitaire que le cliché décrit, et je me demande ce que la délégation aux agents fait à cette dimension collective, moins d'échanges entre pairs, plus de tête-à-tête avec sa machine. Pierre Lemaire m'a opposé que plus de sujets d'archi feraient plus de conversations. J'aimerais qu'il ait raison. Le métier ne disparaît pas, il remonte d'un étage, reste à vérifier qu'on y montera ensemble.
Reste une question que ce chapitre laisse entière. Si les agents produisent à cette échelle, des dizaines de milliers de commits par jour, des volumes de code que plus personne n'a la capacité de relire, la question n'est plus ce qu'ils savent faire, mais qui les contrôle, et comment. C'est tout l'objet du chapitre suivant : human in the loop, confiance, contrôle, sécurité.
Les épisodes derrière ce chapitre13
Les 10 épisodes piliers, à écouter directement ici. Les 3 autres apportent des soutiens ou des contrepoints.
MCP, le front agentique
Frédéric Barthelet · p, Alpic
IA et DevX
Jocelyn N'takpe · p, ManoMano
Vibe coding
Pierre Lemaire · p, Hexa
AWS Summit et agents (.ad)
Julien Lepine · p, AWS
IA et Java
Julien Dubois · p, Microsoft / GitHub
Azure, IA et l'ouragan des modèles
Antonio Goncalves · p, Microsoft
Le CMS à l'ère des coding agents
Pierre Burgy · p, Strapi
Everyone can build
Alexandre Gerlic · p, Alan
Dev AI
Gabriel de Marmiesse · p, Kyutai
Forward Deployed Engineer
Léa Buendé · p, Adobe
- #341 · Bilan 2025 (hors-série), Quentin Adam (Clever Cloud) · soutien
- #361 · RAG et context engineering, Guillaume Laforge (Google) · soutien
- #339 · Dev, un problème simple, Adnan Aita (Sharelock) · contrepoint
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